22 novembre 2008

Culture du bambou dans le Pacifique Sud

Un article de 1957, paru dans Unasylva - Vol. 10, No. 3, de la FAO

Commentaires :

L'auteur étudie l'intérêt et la possibilité d'introduire les bambous dans les îles du pacifique. A aucun moment il se pose la question de l'impact écologique d'une telle introduction. On est bien en 1957 !

Article sans grand intérêt si ce n'est une valeur historique et que le thème des bambous dans le Pacifique est très peu abordé.

A voir si l'auteur a commencé à implnter des bambous dans nos îles....


Comme l'article est long, j'ai mis en gras les parties qui m'ont parut intéressantes...

par F. A. McCLURE
Section des introductions végétales, Département de l'agriculture des Etats-Unis¹

LES CONSÉQUENCES possibles de l'introduction de la culture du bambou sur l'avenir économique de régions telles que les îles du Pacifique méritent d'être soigneusement étudiées. Le bambou a une grande importance économique pour la vie des populations qui occupent de vastes secteurs de l'hémisphère oriental; en outre, on lui découvre sans cesse de nouveaux usages dans l'industrie moderne: fabrication de papier, de produits lamellés, sans compter les vastes possibilités qui s'offrent sur le marché des Etats-Unis (actuellement très mal approvisionné) en ce qui concerne son utilisation, sous diverses formes, pour la finition des intérieurs, pour les travaux d'artisanat, ou pour des palissades préfabriquées. Tout cela permet de penser que le bambou pourrait être un moyen efficace pour améliorer l'économie des populations des îles du Pacifique.

Le bambou occupe une place si importante parmi les moyens d'existence des habitants de certaines régions, en particulier dans l'Asie du Sud-Est et dans les îles qui s'y rattachent, que la plupart d'entre eux seraient sans ressources s'ils en étaient privés. Dans de vastes zones, le bambou est le seul matériau qui soit assez abondant et assez peu coûteux pour satisfaire les besoins considérables en habitations à bon marché. C'est en même temps un produit dont les applications sont si variées que l'on en fait des centaines d'objets utilisés constamment au foyer ou dans le travail quotidien. Il a l'avantage de ne pas nécessiter de machines compliquées et coûteuses pour sa récolte, son transport, ou la fabrication des milliers d'articles qui permettent de satisfaire les besoins des populations.

L'étude des possibilités du bambou, en tant que ressource à développer pour les populations des îles du Pacifique, nécessite que l'on fasse appel à l'expérience acquise dans de nombreuses branches ou disciplines et que l'on procède à des recherches nouvelles.

Le nombre et la répartition des localités où l'on entreprendra des essais, aussi bien que la superficie totale sur laquelle ils porteront seront déterminés par les crédits et les disponibilités en personnel que l'on attribuera à cette entreprise. Il faudra procéder à une étude approfondie des conditions écologiques et économiques pour choisir les régions et les villages où l'on opérera. On devra les considérer du point de vue des nécessités immédiates aussi bien que des possibilités futures.

Les nécessités immédiates peuvent résulter de la terre: conservation de l'eau et du sol, amélioration des modes d'utilisation existants, etc. Elle peuvent aussi résulter de l'état de la population: nécessité de créer de nouvelles sources de revenus, de nouveaux stimulants, de nouvelles perspectives.

Importance d'examiner les facteurs limitatifs

On doit évaluer les facteurs limitatifs. Parmi ceux-ci figurent la nature et l'étendue des terres dont dispose un village déterminé. Il est vraisembable que l'on constatera fréquemment des précipitations annuelles faibles, des sols insuffisamment évolués (géologiquement jeunes), et une forte salinité. L'un quelconque de ces facteurs est susceptible d'exclure la possibilité de cultiver du bambou. Cependant, il n'est pas possible de fixer jusqu'à quelle limite précise chacun d'eux, seul ou en combinaison avec les autres, peut jouer pour empêcher la réussite de la culture du bambou ou pour prohiber même de simples essais.

Divers indices permettent de penser que certains bambous supporteraient des conditions de sécheresse extrêmes, mais non chiffrées: Dendrocalamus strictus, Bambusa vulgaris et B. ventricosa, par exemple. On n'a pas étudié le degré de tolérance à la salinité que chaque bambou peut manifester. Mais il est probable que l'on commencera les essais initiaux là où les conditions paraissent au moins favorables.

En tout premier lieu, il y aurait le plus grand intérêt à procéder à une enquête pour déterminer l'identité, l'écologie, l'abondance et l'utilité des bambous déjà introduits dans les îles du Pacifique. Ces renseignements permettraient d'éviter les dépenses inutiles que l'on ferait pour introduire des espèces intéressantes que l'on trouve déjà localement. On pourrait acquérir une vue d'ensemble équivalente au résultat de plusieurs années d'expérience pratique en étudiant sur le terrain l'histoire de ces introductions, l'état actuel de végétation de ces espèces, en même temps que la nature, l'importance et le succès de leur utilisation sur le plan économique local. Les chances d'améliorer les modes d'utilisation des terres et les possibilités locales d'utilisation du bambou varieront d'une région à l'autre.

Du point de vue des relations entre la culture du bambou et les besoins de la terre, nous devons examiner en premier lieu la question sous l'angle de l'utilisation des terres. En Orient, les cultivateurs de bambous disent que, pour une espèce donnée, les propriétés techniques et les qualités de durabilité sont en général supérieures lorsque les bambous ont poussé sur un sol de fertilité assez médiocre. Ils conseillent de ne pas fumer une plantation de bambous cultivés pour la tige seulement.

Dans la culture des bambous tropicaux pour la production de pousses comestibles, l'ameublissement du sol a plus d'importance que sa fertilité. Les pratiques annuelles de rajeunissement des touffes et le buttage consécutif de leur base pour étioler les jeunes pousses sont exécutés plus facilement et de façon plus efficace si le sol n'est pas trop lourd. On considère d'autre part que l'application en temps et en quantités voulus des amendements préconisés en vue d'obtenir le maximum de rendement et de qualité constitue une pratique saine et économique. Mais il faut procéder à de nombreux essais chaque fois que l'on se trouve en présence d'une combinaison différente de facteurs écologiques, économiques et humains.

On a écrit très peu de choses sur les possibilités du bambou pour stabiliser le sol et limiter le ruissellement, dans le cadre de la conservation des sols et des eaux, ou de la stabilisation des pentes des bassins de réception. Ces végétaux ont un ombrage dense, qui réduit au minimum la concurrence des plantes herbacées. Les abondantes chutes annuelles de feuilles créent une litière épaisse qui conserve l'humidité, contribue à créer des conditions favorables à l'élaboration d'un bon sol, ce qui favorise à son tour le développement normal des bambous. On peut récolter les tiges sans trop remuer cette couverture morte. Je ne connais pas d'autre catégorie de végétaux qui, tout en fournissant une récolte annuelle, constitue, d'un bout de l'année à l'autre, un élément protecteur efficace dans un bassin de réception.

Si l'on considère le bambou sous l'angle des besoins des populations, il est utile d'étudier le parti que l'on peut en tirer de deux points de vue distincts: celui des utilisations, actuelles et à venir, par la population locale et celui des possibilités d'exportation. Des utilisations qui ont de l'importance dans un cadre culturel ou économique déterminé peuvent fort bien ne constituer qu'une curiosité pour des personnes appartenant à un autre milieu. Des objets qui n'ont aucune utilité, usage ou valeur là où ils sont fabriqués, peuvent se vendre à des prix intéressants si on les exporte vers d'autres régions où le bambou manque, ou bien où l'on n'a pas acquis la technique indispensable à leur fabrication, ou encore où la main-d'œuvre est trop chère.

Utilité pour les pêcheurs des îles

Les populations insulaires vivent souvent de la pêche. En raison de ses nombreuses possibilités d'utilisation, le bambou est susceptible de fournir aux pêcheurs un grand nombre d'objets dont ils ont besoin. Les Chinois l'ont démontré de façon éclatante. Si l'on recherche dans un dictionnaire chinois, les mots qui se rapportent à la pêche, on s'aperçoit qu'un grand nombre de ces termes complexes (idéogrammes et pictogrammes) renferment le symbole du bambou. Cela signifie que, avant même que leurs noms fussent pour la première fois condensés dans l'écriture, on employait les bambous à la fabrication des engins eux-mêmes. Mentionnons seulement quelques-uns d'entre eux: nasses, barrages, bondes, enclos, perches pour la pêche à la ligne flottante, gaffes, ancres flottantes, flotteurs, clayettes et perches pour faire sécher le poisson, paniers pour le transporter, aiguilles pour fabriquer les filets, perches pour les faire sécher, perches pour la propulsion des bateaux, carrelets ou épuisettes, y compris les karojals, salambas, etc. Les dragues, perches pour la propulsion des bateaux, tamis, ancres flottantes, qui font partie, en Orient, du matériel pour draguer les mollusques, tout cela est en bambou.

D'autres utilisations sont susceptibles de présenter de l'intérêt pour d'autres sections de la population. On peut employer des plants vivants de bambou, ayant un rythme de végétation convenable, pour établir des haies, des écrans et des brise-vent. On peut utiliser les tiges de certains bambous pour construire des maisons, des abris à grains, des ponts, des clôtures, des parcs à bétail, des meubles et ustensiles de ménage de toutes sortes, des gouttières et des conduites d'eau. Le bambou fournit des harts pour la fabrication de câbles à la fois légers et résistants et d'ouvrages de vannerie tels que paniers, nattes, vans et clayettes. Avec des éléments plus grossiers on fait de robustes caisses pour l'expédition des porcs, de la volaille, des produits maraîchers. Les déchets fibreux servent au rembourrage des oreillers et des matelas, au calfatage des bateaux, au chargement du plâtre pour le rendre plus dur. Après traitement chimique, les fibres fournissent de la pâte à papier ou à rayonne; on utilise les fibres brutes pour fabriquer des cordages et des sandales. On utilise des perches de diverses dimensions pour faire des échelles, des poteaux de revêtement extérieur, des tuteurs pour soutenir les arbres, des manches d'outil, des râteaux et divers outils de jardinage.

Utilisation sous forme de feuillage

On utilise le feuillage de nombreux bambous comme une source principale ou accessoire de fourrage et de litière pour le bétail. On fait avec les feuilles, non encore ouvertes, une boisson rafraîchissante, probablement riche en vitamine C. Avec les branches de certaines espèces on fait d'excellents balais pour le balayage à l'extérieur. Les gaines des tiges, lorsqu'elles ont des dimensions et une contexture convenables, ont de nombreux emplois: doublure des chapeaux de pluie et de soleil, cabanes et paniers pour le transport des marchandises, fabrication de sandales. En Inde, on utilise le rhizome dur et à grain régulier d'une espèce commune de Dendrocalamus pour faire des balles de polo.

A la lumière des observations ci-dessus, il serait juste et logique de se fixer l'objectif suivant: repérer et rassembler tout un assortiment des espèces de bambous qui promettent de prospérer ici et là dans des conditions locales déterminées et, en même temps, présentent des caractéristiques technologiques qui les rendent susceptibles d'être utilisées dans l'un quelconque des très nombreux emplois que l'on vient de citer.

Une fois qu'ils sont installés dans des conditions de milieu favorables, les bambous ne nécessitent en général que peu ou pas de soins, en dehors des éclaircies occasionnelles pratiquées pour maintenir la vigueur des tiges. S'ils sont assez bien adaptés, ils ne périront pas faute de soins, et ils seront toujours là si l'on veut faire des expériences, les propager, et on pourra plus tard les utiliser à de nouveaux genres d'utilisation. Il semble raisonnable de recommander que ces collections vivantes soient étudiées dans une très large gamme de conditions écologiques, en ayant présent à l'esprit la double fonction de production et conservation, aussi bien que les principes essentiels de l'utilisation des terres. Lorsque la production aura atteint le niveau des besoins locaux, il sera peut-être souhaitable d'entreprendre de satisfaire aussi les demandes de l'extérieur.

(¹ Traduction d'un article paru dans l'édition anglaise du Bulletin trimestriel de la Commission du Pacifique Sud, janvier 1956. Cette Commission est un organisme consultatif créé en 1947 par les six gouvernements responsables de l'administration des territoires dépendants de la région du Pacifique Sud (Australie, Etats-Unis d'Amérique France, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Royaume-Uni). La Commission a pour but de recommander aux gouvernements membres les mesures propres à promouvoir le bien-être des populations de ces territoires. Elle s'occupe de questions sociales, économiques et sanitaires. Son siège est à Nouméa (Nouvelle-Calédonie)

Posté par bamboucal à 01:06 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Culture du bambou dans le Pacifique Sud

    Pour ou contre ?

    Pour ou contre l'introduction du bambou ? Il est qualifié de "plante parasite", mais la pomme de terre, le maïs, la tomate ... ont bien été un jour introduits en France métropolitaine ? Une étude de l'Union Européenne avait conclu à la possibilité de remplacer les usines d'épuration des eaux, par des bambouseraies, en faisant de la phytorémédiation. Avec la décision de tenter un premier projet à grande échelle au Portugal ... les écologistes ont tout fait capoter, sous prétexte que le bambou n'était pas endémique.
    Les bassins béton des usines d'épuration non plus, et pourtant il a bien fallu les construire.
    Je pense que la propagation du bambou est raisonnablement contrôlable, et compte tenu de ses avantages écologiques, il mérite plus que d'être mis sur le même niveau que d'autres plantes "importées", comme l'eucalyptus (j'écris depuis métropole). Mais si vous avez des faits pour me faire changer d'avis, je suis preneur, conscient que la solution parfaite n'existe pas, et que tout n'est que Ying et Yang.
    Salutations

    Posté par laurent, 04 février 2009 à 22:15 | | Répondre
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